Pouvoir de l’image

11 janvier 2009

mazdaville

Madame Laporie s’achète une voiture, 2e partie. J’ai reçu le joli document ci-dessus par la poste. Il contenait des dépliants publicitaires, un questionnaire de sondage, un CD (?) et quelques autres niaiseries. Mais ce qui me frappe est cette image qui figure sur le frontispice de la pochette. Cherchez la voiture. Je sais, vous ne pouvez pas agrandir l’image, mais placez une loupe devant l’écran s’il le faut. De toute façon, je vais vous la donner dans le mille : il n’y en a aucune. Par contre, il y a cet immense Charlie à bicyclette qui surplombe le tout et qui symbolise peut-être le moteur 2.0 l. Que des édifices de luxe, construits à l’européenne, des terrasses, une piscine sur un toit, une belle place où se côtoient piétons et vélos, un beau paysage naturel à l’arrière-plan. Où sont les tuyaux d’échappement ? Les stationnements à perte de vue ? Les villes embuées dans le smog ? Les forêts saccagées pour construire des Wal-Mart ? Les cyclistes écrasés ? L’image ne montre que ce que la voiture détruit.

Ça fait drôle de penser qu’on a le diable dans sa cour. Au fond, ce n’est pas très différent d’avant. L’ange de la route offert par ma belle-mère, censé nous protéger, ornera joliment mon pare-soleil.

J’ai encore peur des voitures. Pendant des années, j’ai même cru les haïr, au point de démarrer un jour une première tentative de blogue, qui n’a toutefois jamais passé le cap des trois entrées, sur un manifeste anti-automobiliste. Je suis plutôt écologiste et j’ai toujours pris le transport en commun la tête haute. Les rares fois où j’ai eu à conduire dans les dernières années, je conduisais en mémère et je faisais des arrêts complets. Je crois aux droits des piétons, à la qualité de vie en ville. J’affirmerais même que la voiture est une arme de destruction massive au moins au même titre que la cigarette. J’avais regardé de haut la collègue qui s’en était acheté une, me disant que, comme je ne vais jamais chez Wal-Mart et que ma famille est peu nombreuse, je n’en aurais jamais besoin.

Mais je connais ma chance. Sans blague. Quelque chose me colle au cul et ce depuis longtemps, amor fati ou non. Je me suis fais virer en pleine crise économique au moment où je pensais justement à m’en aller. Je me suis dit qu’une chance pareille n’arriverait pas deux fois dans une vie et que je pourrais peut-être en profiter pour réaliser un rêve ou deux.

Et le rêve est venu, plus vite que je ne l’avais attendu, la job rêvée à temps plein sans avoir le temps d’y penser. Rencontré à l’entrevue des gens sympathiques que je voulais absolument revoir, enfin, je me disais, je pourrais peut-être trouver un quelque part où je ne me sentirais pas de trop. On m’a rappelé le lendemain pour savoir si j’acceptais. Quelle question ! J’avais joué la carte de l’enthousiasme et c’était sincère comme si je ne savais pas ce qui m’attendait, dans un milieu où les burn-out, dépressions et autres écœurements sont fréquents.

Il y avait juste un petit problème : 80 kilomètres à vol d’oiseau, un peu plus en prenant le métropolitain. Bientôt, une seule solution s’impose. Le temps et la compétence faisant cruellement défaut, je me rabats sur la version récente d’un modèle d’il y a vingt ans que j’adorais. Oui, adorer, un terme bien étrange après ce que j’ai dit là-haut. Je le redécouvre aussi. Mais je ne vous servirai pas la salade vroum vroum vroum. Les économies accumulées de l’ancienne job vont passer sur le nouveau char. Mon bien le plus coûteux est dehors dans la rue, enfoncé dans le banc de neige en ce moment. J’ai acheté un beau balai à neige chez Canadian Tire, de même que des tapis sauve-pantalon et un bidon de lave-vitres qui résiste à –35 degrés. En guise de consolation, j’ai un essuie-glace sur la vitre arrière et une prise pour brancher mon iPod.

Mais le siège va être ajusté à ma taille, et personne ne va pouvoir y toucher (sauf rares exceptions). Je viens de réveiller en moi une sorte de côté obscur. Ce ne sera pourtant pas le premier. Oserai-je le dire ? Oui j’avais fait ce sacrifice pendant des années, au point de ne plus y penser. J’espère que je ne mettrai pas à engraisser comme le beau-frère. Je tiens à continuer à faire mes déplacements urbains comme avant, c’est à dire essentiellement à pied. Je ne sais même pas comment gonfler des pneus. On m’a vendu des pneus d’hiver mais ça pourrait tout aussi bien être des 4 saisons, je n’ai aucun moyen de le savoir. Je suis passée de l’autre côté du pare-brise. J’espère que je n’écraserai pas de piétons.

Vue sur le parc

6 novembre 2008

Comme j’admire le courage
De ceux qui entretiennent l’espoir
Vacillant, sur deux pattes
Sous les nuages de smog

On me rappelle la tague…

16 octobre 2008

…mais comme, par les temps qui courent, je suis nulle part en même temps, j’aurais du mal à vous montrer une image intéressante, sinon celle d’une pile de livres sur une table près d’une fenêtre, et quelques cahiers spirale (je fais encore mes premiers jets à la mitaine).

Si vous voulez, toutefois, vous pouvez imaginer un cubicule gris avec vue sur un mur gris (et, si on tourne légèrement la tête, sur un ciel gris où des vautours font des cercles en surveillant les passants). D’un côté une vue sur le centre-ville. De l’autre, une montagne toute verte surmontée de symboles ésotériques. Non loin de là, un ange fait du taï chi. Au loin, on aperçoit parfois un train qui transporte des personnes et des choses que vous ne verrez jamais. Et plus près, des fournitures de bureau, des crayons gris, un ordinateur gris, des dictionnaires gris, c’est à la mode le gris. C’est à peu près ça. Toute ressemblance avec des lieux réels ne saurait être que coïncidence fortuite.

En plus, il y fait un froid épouvantable, ces jours-ci. Rien ne fournit à me réchauffer. Le thé gèle dans ma tasse quétaine, souvenir du « Canada ». J’enferme le chat dans une pièce la nuit, et il en ressort tout blanc.

Tague à Lora Zepam, si elle ne l’a pas déjà eue.

Moments proustiens I

30 août 2008

J’ai souvent tendance à croire, m’appuyant en cela sur l’aspect routinier de mon quotidien, que j’exerce une certaine maîtrise sur mon environnement et mes gestes. Par exemple, je sais prendre l’autobus. Or, il y a quelques jours, dans un moment de grâce sans précédent, l’autobus, que j’attends toujours au moins une bonne dizaine de minutes, peu importe l’heure où je le prends et non sans quelque inquiétude à l’occasion, s’offrait à moi patiemment, les portes grandes ouvertes, dès ma sortie du bureau. À peine avais-je fait un bond que j’étais à l’intérieur, toute heureuse de cette bonne fortune, mais contrairement aux autres jours où j’en ai tout le loisir, je n’avais pas encore eu le temps de penser à sortir cette carte qui me sert de droit de passage. Je m’arrêtai soudain dans le seuil et, me souvenant que j’avais besoin de cette carte pour aller plus loin, je fouillai dans mon sac pour la trouver (ce qui semblait ne devoir jamais arriver), et comme s’il s’agissait d’un objet magique qu’on doit obligatoirement avoir en main pour prononcer une certaine formule, j’oubliai de dire “bonjour” au chauffeur qui me regardait, avec pour résultat que je restais là à lui sourire, tout en continuant de remuer bêtement le contenu de mon sac. Le bonjour était devenu superflu quand je trouvai enfin la carte, et le chauffeur me laissa entrer sans la regarder.