Moments proustiens I

J’ai souvent tendance à croire, m’appuyant en cela sur l’aspect routinier de mon quotidien, que j’exerce une certaine maîtrise sur mon environnement et mes gestes. Par exemple, je sais prendre l’autobus. Or, il y a quelques jours, dans un moment de grâce sans précédent, l’autobus, que j’attends toujours au moins une bonne dizaine de minutes, peu importe l’heure où je le prends et non sans quelque inquiétude à l’occasion, s’offrait à moi patiemment, les portes grandes ouvertes, dès ma sortie du bureau. À peine avais-je fait un bond que j’étais à l’intérieur, toute heureuse de cette bonne fortune, mais contrairement aux autres jours où j’en ai tout le loisir, je n’avais pas encore eu le temps de penser à sortir cette carte qui me sert de droit de passage. Je m’arrêtai soudain dans le seuil et, me souvenant que j’avais besoin de cette carte pour aller plus loin, je fouillai dans mon sac pour la trouver (ce qui semblait ne devoir jamais arriver), et comme s’il s’agissait d’un objet magique qu’on doit obligatoirement avoir en main pour prononcer une certaine formule, j’oubliai de dire “bonjour” au chauffeur qui me regardait, avec pour résultat que je restais là à lui sourire, tout en continuant de remuer bêtement le contenu de mon sac. Le bonjour était devenu superflu quand je trouvai enfin la carte, et le chauffeur me laissa entrer sans la regarder.

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