Fragments polémiques I – L’accouchement sous influence

Je viens de passer en revue le blogue du petit comique qui fait parler de lui ces jours-ci. Je comprends la démarche, d’ailleurs c’est un peu ce que je fais ici. Je ne peux toutefois m’empêcher d’être choquée par certaines des opinions qui y sont exprimées, notamment en ce qui concerne le choix de l’accouchement naturel. Je n’ai jamais été enceinte et je n’ai jamais accouché, mais en tant que femme en âge de le faire, je me sens interpellée. D’autant plus que certaines personnes de ma connaissance ont soit vécu ledit accouchement naturel, soit formulé un désir de le faire mais n’ont pu le réaliser par manque de sages-femmes, et me semblaient avoir des raisons sensées (je tiens d’ailleurs à souligner qu’elles sont toutes moins « granoles » que moi).
On trouve étrange, et même « granole », de ne pas vouloir être sur la dope pendant un moment important de sa vie ? Il ne faudrait peut-être pas que je m’en étonne outre mesure puisque je vis dans une société qui tente d’évacuer la douleur au point de la nier, tout en banalisant au maximum les drogues dites « légales » (bien sûr, la marijuana, c’est mal, il ne faut pas y toucher, pas la regarder, il ne faut même pas la nommer de peur d’éveiller les soupçons, mais on passe pour un malpoli quand on refuse le verre de vin qu’on nous impose à l’arrivée dans une soirée. D’expérience, je peux affirmer qu’il est plus difficile socialement d’arrêter de prendre de l’alcool que de devenir végétarien, deux habitudes pourtant reconnues, même par les médecins, comme bénéfiques pour la santé). Si on peut se permettre d’être saoûl à son propre mariage, pourquoi ne pas se geler à l’accouchement ?
La tâche ingrate de produire la chair à canon nous revient, oui mesdames. Et il ne faudrait surtout pas rester à la maison à s’en occuper, non, il n’y a que les paresseuses qui font ça, il faut avoir une carrière en plus, pas le choix ! Le syndrôme de Martha Stewart, vous connaissez ? Tout ça pour une progéniture qui n’en a pas pour longtemps à vivre, à en juger par la manière dont nous traitons la planète. Mais n’importe, il faut faire des bébés, élément essentiel au fonctionnement de notre économie qui en a particulièrement besoin par les temps qui courent. Faudrait-il en plus le faire à la manière que le médecin nous impose, en rouspétant le moins possible, de préférence en dormant ? Bien sûr ils vont nous servir l’argument de la douleur. Bien sûr, ce doit être douloureux d’accoucher, et probablement bien plus que je l’imagine, mais ne saviez-vous pas que la vie est faite de douleur et de souffrances ? Même avec les anesthésiants les plus parfaits, le jour viendra où, pour une raison ou une autre, la pilule miracle ne sera pas au rendez-vous et il vous faudra affronter la réalité tout seul, alors il vaut mieux être préparé. D’ailleurs, s’il fallait toujours utiliser un moyen aussi grossier pour combattre toute forme de douleur, je me serais probablement jetée par une fenêtre avant d’avoir l’âge de procréer (ok, j’ai dit que je n’allais pas banaliser le suicide. Amis lecteurs, il y a une solution. Je vous en prie, ne vous suicidez pas. Ou plutôt, lisez au moins ce texte de Brad avant).
Madame Laporie se fait un peu plus polémique aujourd’hui. J’espère pour vous que ça ne durera pas. Il se trouve que j’ai deux bonnes amies qui sont enceintes actuellement et j’ai tendance à prendre personnel les questions qui touchent les droits des femmes. Et je préparais justement quelque chose sur ce joyeux thème qu’est la maternité. Cela pourra peut-être intéresser Mme Vintage qui s’étonnait que je sois une femme. Préparez-vous à en avoir d’autres preuves.

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4 commentaires on “Fragments polémiques I – L’accouchement sous influence”

  1. Arna dit :

    Effectivement polémique 🙂

    La morphine (par exemple), un moyen grossier pour combattre la douleur ? La réalité n’est-elle pas déjà assez difficile à affronter ? A te lire on aurait presque l’impression que tu milites pour la disparition des anesthésiants… Osons espérer que ça n’est pas le cas et que ton propos se limitait à l’accouchement.

    Que celles qui souhaitent le faire naturellement aient des difficultés en pratique, cela semble logique. Et militer pour une augmentation du nombre de sage-femmes, arguant que comme la vie nous réserve quantité de coups durs et de douleurs autant s’y préparer en s’exposant volontairement à quelque chose que l’on pourrait éviter, je crains que ça ne soit 100% coups d’épée dans l’eau.

    Alors je comprends que dans ton contexte tu te sentes particulièrement concernée, et de manière générale je préfère les minorités, mais en l’occurrence l’exemple me semble mal choisi.
    J’aurais une grande tendance à soutenir ton propos concernant l’habitude prise de nier la douleur, de la masquer et d’utiliser des subterfuges pour l’occulter. Je prendrais l’exemple des antidépresseurs, flagrant à mon avis pour illustrer ceci, ou comme tu as commencé à l’évoquer des drogues dites légales, mais même illégales en fait. Et je dirais qu’oublier la réalité ne peut que difficilement être une solution pour s’y sentir mieux. Mais d’un autre côté, dès qu’on a dit cela, n’est-on pas interpellé immédiatement ? Si cet oubli est temporaire, voire très temporaire, j’imagine qu’on peut difficilement le blâmer. Le débat prend peut-être tout son sens sur ce point précis.

  2. laporie dit :

    Militer est peut-être un terme exagéré, car je ne fais partie d’aucun groupe et j’exprime des opinions à titre personnel. Je ne prône pas non plus la disparition des anesthésiants ou des médicaments contre la douleur; je prends d’ailleurs en ce moment des anti-inflammatoires pour combattre un mal de dos persistant. Je prône cependant le libre choix, contre une société qui nie la douleur et une certaine approche paternaliste de la médecine qui déciderait à notre place de ce qui est trop douloureux pour nous.
    Je suis consciente d’avoir mélangé divers propos dans ce texte; toutefois je crois bien qu’ils sont interreliés. La ligne directrice, je crois, c’est cette grande obsession philosophique: la quête de liberté.
    La grande différence entre l’accouchement et les autres situations où une douleur est ressentie, c’est que l’accouchement est une activité naturelle pour laquelle le corps est préparé, et non une maladie ou une blessure. Et je crois que notre société si inquiète de sa baisse de natalité devrait s’occuper de présenter une image un peu plus positive de la chose (Le type sur le site que j’ai linké la comparait à des maladies dégeulasses). Qui accepterait volontairement de se rendre malade et de se mutiler ?

  3. Arna dit :

    Voici qui éclaircit bien !

    Je me suis rendu compte après (comme d’habitude) qu’il fallait – bien sûr – séparer les douleurs physiques et mentales.
    Il est vrai que l’accouchement est une activité naturelle mais ce n’est pas pour autant qu’il ne comporte pas de risques. L’évaluation de ces risques semble primordiale pour savoir ce qu’il en est. Ce que propose la médecine les réduit-il de manière non négligeable ? Qui accepterait de prendre des risques qui peuvent être réduits ?

    J’aime bien cette note car elle peut être le point de départ de plusieurs débats : la quête de la liberté, la négation de la douleur (voire le rôle de la médecine), la question de la natalité, etc.

  4. Thank you for this timely blog post. This can be exactly what I have been searching for.


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