Pouvoir de l’image

mazdaville

Madame Laporie s’achète une voiture, 2e partie. J’ai reçu le joli document ci-dessus par la poste. Il contenait des dépliants publicitaires, un questionnaire de sondage, un CD (?) et quelques autres niaiseries. Mais ce qui me frappe est cette image qui figure sur le frontispice de la pochette. Cherchez la voiture. Je sais, vous ne pouvez pas agrandir l’image, mais placez une loupe devant l’écran s’il le faut. De toute façon, je vais vous la donner dans le mille : il n’y en a aucune. Par contre, il y a cet immense Charlie à bicyclette qui surplombe le tout et qui symbolise peut-être le moteur 2.0 l. Que des édifices de luxe, construits à l’européenne, des terrasses, une piscine sur un toit, une belle place où se côtoient piétons et vélos, un beau paysage naturel à l’arrière-plan. Où sont les tuyaux d’échappement ? Les stationnements à perte de vue ? Les villes embuées dans le smog ? Les forêts saccagées pour construire des Wal-Mart ? Les cyclistes écrasés ? L’image ne montre que ce que la voiture détruit.

Ça fait drôle de penser qu’on a le diable dans sa cour. Au fond, ce n’est pas très différent d’avant. L’ange de la route offert par ma belle-mère, censé nous protéger, ornera joliment mon pare-soleil.


char noir / passage du côté obscur

J’ai encore peur des voitures. Pendant des années, j’ai même cru les haïr, au point de démarrer un jour une première tentative de blogue, qui n’a toutefois jamais passé le cap des trois entrées, sur un manifeste anti-automobiliste. Je suis plutôt écologiste et j’ai toujours pris le transport en commun la tête haute. Les rares fois où j’ai eu à conduire dans les dernières années, je conduisais en mémère et je faisais des arrêts complets. Je crois aux droits des piétons, à la qualité de vie en ville. J’affirmerais même que la voiture est une arme de destruction massive au moins au même titre que la cigarette. J’avais regardé de haut la collègue qui s’en était acheté une, me disant que, comme je ne vais jamais chez Wal-Mart et que ma famille est peu nombreuse, je n’en aurais jamais besoin.

Mais je connais ma chance. Sans blague. Quelque chose me colle au cul et ce depuis longtemps, amor fati ou non. Je me suis fais virer en pleine crise économique au moment où je pensais justement à m’en aller. Je me suis dit qu’une chance pareille n’arriverait pas deux fois dans une vie et que je pourrais peut-être en profiter pour réaliser un rêve ou deux.

Et le rêve est venu, plus vite que je ne l’avais attendu, la job rêvée à temps plein sans avoir le temps d’y penser. Rencontré à l’entrevue des gens sympathiques que je voulais absolument revoir, enfin, je me disais, je pourrais peut-être trouver un quelque part où je ne me sentirais pas de trop. On m’a rappelé le lendemain pour savoir si j’acceptais. Quelle question ! J’avais joué la carte de l’enthousiasme et c’était sincère comme si je ne savais pas ce qui m’attendait, dans un milieu où les burn-out, dépressions et autres écœurements sont fréquents.

Il y avait juste un petit problème : 80 kilomètres à vol d’oiseau, un peu plus en prenant le métropolitain. Bientôt, une seule solution s’impose. Le temps et la compétence faisant cruellement défaut, je me rabats sur la version récente d’un modèle d’il y a vingt ans que j’adorais. Oui, adorer, un terme bien étrange après ce que j’ai dit là-haut. Je le redécouvre aussi. Mais je ne vous servirai pas la salade vroum vroum vroum. Les économies accumulées de l’ancienne job vont passer sur le nouveau char. Mon bien le plus coûteux est dehors dans la rue, enfoncé dans le banc de neige en ce moment. J’ai acheté un beau balai à neige chez Canadian Tire, de même que des tapis sauve-pantalon et un bidon de lave-vitres qui résiste à –35 degrés. En guise de consolation, j’ai un essuie-glace sur la vitre arrière et une prise pour brancher mon iPod.

Mais le siège va être ajusté à ma taille, et personne ne va pouvoir y toucher (sauf rares exceptions). Je viens de réveiller en moi une sorte de côté obscur. Ce ne sera pourtant pas le premier. Oserai-je le dire ? Oui j’avais fait ce sacrifice pendant des années, au point de ne plus y penser. J’espère que je ne mettrai pas à engraisser comme le beau-frère. Je tiens à continuer à faire mes déplacements urbains comme avant, c’est à dire essentiellement à pied. Je ne sais même pas comment gonfler des pneus. On m’a vendu des pneus d’hiver mais ça pourrait tout aussi bien être des 4 saisons, je n’ai aucun moyen de le savoir. Je suis passée de l’autre côté du pare-brise. J’espère que je n’écraserai pas de piétons.


Story of my life II

« Le rayon des jouets. Je suis rendu à un point de ma vie où je n’existe plus qu’en statistiques de monde qui se traîne les pieds ma vie est terminée car j’étais fait pour être un petit garçon maintenant que j’ai perdu ma maison ma chambre mes jouets je reste immobile devant la télé à me demander que faire dans le dédale des nouvelles compliquées comment faire pour retrouver mon chemin vers le confort des dessins animés du samedi matin mais aujourd’hui mes dessins animés c’est des journalistes en cravate qui me parlent de la fluctuation de l’indice du commerce au détail au lieu qu’il y ait des robots des lasers et des passages secrets il y a un tableau démographique et au lieu d’un arc-en-ciel de couleurs magiques avec des cœurs qui flottent autour c’est un vox pop de gens laids qui ont bien l’opinion qu’on veut qu’ils aient les g.i. joe sont en cour martiale démétan a perdu son milieu humide gem et les hologrammes sont recherchistes à cité rock détente et moi je reste sur le plancher les mains vides parce que tous mes jouets travaillent des heures de fou dans des jobs qu’ils aiment pas parce qu’ils ont l’hypothèque la voiture et l’école privée des enfants à payer et je rage de colère sur le plancher quand je vois partir le matin mes lego réceptionnistes mes playmobil fiscalistes mes toutous de service à la clientèle et mes transformers qui font quelque chose de tellement compliqué que j’oublie chaque fois le nom en tout cas c’est une histoire de  réseau intégré en solutions-conseils adaptées et j’en ai crissé un sur le mur quand il m’a annoncé qu’il venait d’être transféré à calgary à défaut de me crisser moi-même sur les étalages du rayon des jouets parce que je ne sais plus comment jouer ni rien faire de mes mains et de ma tête je voudrais la péter contre un mur mais au lieu d’une tache de sang c’est sûr à cent pour cent que ça ferait une analyse sectorielle de l’indice des prix à la consommation reportée sur l’indice de confiance des ménages et je m’écrase au plus mal dans la plus négative des balances commerciales. »

Mathieu Arsenault, Vu d’ici, Éditions Tryptique, 2008, pp.53-54.


Solstice / Rohatsu (un fond de tiroir livré pour vous)

La lumière doit être trop puissante
Pour que mes yeux ne puissent la voir

Les regards se détournent
Le temps d’un baiser sur la joue

Mon karma pousse ses racines
Jusqu’au royaume de Bactriane

Les nuits d’été à la pleine lune
Immortelles sous le soleil d’hiver

Être au service des dieux
Qui me font des signes
Que je ne comprends pas
Parlez plus fort je vous prie