Story of my life II

« Le rayon des jouets. Je suis rendu à un point de ma vie où je n’existe plus qu’en statistiques de monde qui se traîne les pieds ma vie est terminée car j’étais fait pour être un petit garçon maintenant que j’ai perdu ma maison ma chambre mes jouets je reste immobile devant la télé à me demander que faire dans le dédale des nouvelles compliquées comment faire pour retrouver mon chemin vers le confort des dessins animés du samedi matin mais aujourd’hui mes dessins animés c’est des journalistes en cravate qui me parlent de la fluctuation de l’indice du commerce au détail au lieu qu’il y ait des robots des lasers et des passages secrets il y a un tableau démographique et au lieu d’un arc-en-ciel de couleurs magiques avec des cœurs qui flottent autour c’est un vox pop de gens laids qui ont bien l’opinion qu’on veut qu’ils aient les g.i. joe sont en cour martiale démétan a perdu son milieu humide gem et les hologrammes sont recherchistes à cité rock détente et moi je reste sur le plancher les mains vides parce que tous mes jouets travaillent des heures de fou dans des jobs qu’ils aiment pas parce qu’ils ont l’hypothèque la voiture et l’école privée des enfants à payer et je rage de colère sur le plancher quand je vois partir le matin mes lego réceptionnistes mes playmobil fiscalistes mes toutous de service à la clientèle et mes transformers qui font quelque chose de tellement compliqué que j’oublie chaque fois le nom en tout cas c’est une histoire de  réseau intégré en solutions-conseils adaptées et j’en ai crissé un sur le mur quand il m’a annoncé qu’il venait d’être transféré à calgary à défaut de me crisser moi-même sur les étalages du rayon des jouets parce que je ne sais plus comment jouer ni rien faire de mes mains et de ma tête je voudrais la péter contre un mur mais au lieu d’une tache de sang c’est sûr à cent pour cent que ça ferait une analyse sectorielle de l’indice des prix à la consommation reportée sur l’indice de confiance des ménages et je m’écrase au plus mal dans la plus négative des balances commerciales. »

Mathieu Arsenault, Vu d’ici, Éditions Tryptique, 2008, pp.53-54.

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