char noir / passage du côté obscur

J’ai encore peur des voitures. Pendant des années, j’ai même cru les haïr, au point de démarrer un jour une première tentative de blogue, qui n’a toutefois jamais passé le cap des trois entrées, sur un manifeste anti-automobiliste. Je suis plutôt écologiste et j’ai toujours pris le transport en commun la tête haute. Les rares fois où j’ai eu à conduire dans les dernières années, je conduisais en mémère et je faisais des arrêts complets. Je crois aux droits des piétons, à la qualité de vie en ville. J’affirmerais même que la voiture est une arme de destruction massive au moins au même titre que la cigarette. J’avais regardé de haut la collègue qui s’en était acheté une, me disant que, comme je ne vais jamais chez Wal-Mart et que ma famille est peu nombreuse, je n’en aurais jamais besoin.

Mais je connais ma chance. Sans blague. Quelque chose me colle au cul et ce depuis longtemps, amor fati ou non. Je me suis fais virer en pleine crise économique au moment où je pensais justement à m’en aller. Je me suis dit qu’une chance pareille n’arriverait pas deux fois dans une vie et que je pourrais peut-être en profiter pour réaliser un rêve ou deux.

Et le rêve est venu, plus vite que je ne l’avais attendu, la job rêvée à temps plein sans avoir le temps d’y penser. Rencontré à l’entrevue des gens sympathiques que je voulais absolument revoir, enfin, je me disais, je pourrais peut-être trouver un quelque part où je ne me sentirais pas de trop. On m’a rappelé le lendemain pour savoir si j’acceptais. Quelle question ! J’avais joué la carte de l’enthousiasme et c’était sincère comme si je ne savais pas ce qui m’attendait, dans un milieu où les burn-out, dépressions et autres écœurements sont fréquents.

Il y avait juste un petit problème : 80 kilomètres à vol d’oiseau, un peu plus en prenant le métropolitain. Bientôt, une seule solution s’impose. Le temps et la compétence faisant cruellement défaut, je me rabats sur la version récente d’un modèle d’il y a vingt ans que j’adorais. Oui, adorer, un terme bien étrange après ce que j’ai dit là-haut. Je le redécouvre aussi. Mais je ne vous servirai pas la salade vroum vroum vroum. Les économies accumulées de l’ancienne job vont passer sur le nouveau char. Mon bien le plus coûteux est dehors dans la rue, enfoncé dans le banc de neige en ce moment. J’ai acheté un beau balai à neige chez Canadian Tire, de même que des tapis sauve-pantalon et un bidon de lave-vitres qui résiste à –35 degrés. En guise de consolation, j’ai un essuie-glace sur la vitre arrière et une prise pour brancher mon iPod.

Mais le siège va être ajusté à ma taille, et personne ne va pouvoir y toucher (sauf rares exceptions). Je viens de réveiller en moi une sorte de côté obscur. Ce ne sera pourtant pas le premier. Oserai-je le dire ? Oui j’avais fait ce sacrifice pendant des années, au point de ne plus y penser. J’espère que je ne mettrai pas à engraisser comme le beau-frère. Je tiens à continuer à faire mes déplacements urbains comme avant, c’est à dire essentiellement à pied. Je ne sais même pas comment gonfler des pneus. On m’a vendu des pneus d’hiver mais ça pourrait tout aussi bien être des 4 saisons, je n’ai aucun moyen de le savoir. Je suis passée de l’autre côté du pare-brise. J’espère que je n’écraserai pas de piétons.

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One Comment on “char noir / passage du côté obscur”

  1. Roger Gregor dit :

    Nous ferons attention, nous qui (du moins, je parle pour moi, qui ai la chance d’être encore métrotransportable) ne sommes point automobiles.


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