Signal faible, connexion intermittente

Il peut arriver, au moins à quelques reprises dans l’espace d’une vie humaine, que se rencontrent deux personnes qui se comprennent parfaitement. Il n’est jamais assuré que cette compréhension soit perçue telle et exactement de la même manière des deux côtés, mais généralement les points d’ancrage sont si profonds, et si solides, qu’on ne peut pas ne pas les voir s’ils n’ont été découverts que l’espace d’un instant, et qu’on peut ainsi avoir, pour une fois, la rare certitude que « l’électricité passe ». Dans ces instances exceptionnelles, il est peu probable qu’on ait à attendre longtemps pour constater l’état de fait. Quelques intérêts communs, des paroles bien ciselées, une manière de préserver les silences, et on n’a plus qu’à se regarder dans le blanc des yeux pour partager l’admiration devant la chance. Mais ces piliers communs, peu importe leur aplomb, sont ou seront inévitablement, dans les secondes, les minutes ou les années suivant le précieux instant (et souvent même pendant celui-ci), enfoncées sous le raz-de-marée des préoccupations terrestres, désirs égoïstes et tourments de la vie quotidienne. Le pilier quasi indestructible est presque toujours couvert d’algues et de limon, au point d’en être indissociable. Mais l’instant d’exception, pourtant suspect du fait même de son statut d’exception, impressionne suffisamment les esprits pour que ceux-ci cherchent constamment, par la suite, à le reproduire. Et puisqu’il a souvent été déclenché par l’échange de quelque parole, on le cherchera à nouveau dans la conversation. Certes, dans un sens, c’est surtout la présence, d’abord, de l’autre personne, qu’on recherche et qui devrait nous combler, mais comme on s’habitue au bonheur, on sent que cela ne suffira pas et on cherche toujours de nouvelles stimulations, afin de céder aux désirs éveillés par cette nouvelle dépendance à la grâce. C’est pourquoi il faut, notamment, parler encore, et c’est là qu’on se heurtera aux premières déceptions; discussions sans intérêt, découverte inattendue de traits de caractère fâcheux, jusqu’aux chicanes de ménage. Rarement pourra-t-on traduire de nouveau en langage humain la joie profonde de l’affinité spirituelle. Et si on y arrive, par bonheur, sera-t-on à nouveau dans l’état d’esprit pour saisir cette joie au vol, ou l’avidité de notre quête pour ce qui est déjà là nous empêchera-t-il de la voir ?

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