Nietzsche, maître d’aïkido

Les passions qu’on tente d’éradiquer développent souvent une résistance aux antibiotiques. Combattez-les, et vous fomentez leur propre rébellion contre vous.

Comment pourraient-elles d’ailleurs être en soi mauvaises ou immorales ? Les passions sont des tropismes : inclinations ou répugnances, réflexes naturels somme toute, généralement doublés d’une certaine noblesse. Sans elles, aucune action n’est possible, ni morale, ni immorale. Au lieu de parler de bonnes ou de mauvaises passions, même si, assurément, certaines sont inappropriées au contexte, peut-être vaudrait-il mieux parler du bon usage des passions.

« La souffrance vient du désir », certes, mais chercher belliqueusement à éradiquer le désir entraîne une prolifération… En voulant attaquer une présumée « sauvagerie », on devient sauvage soi-même. Tant qu’on croit à des entités séparées comme le « soi » et « l’ennemi », il y aura guerre.

Les passions ne peuvent être maîtrisées que sur leur propre terrain, en utilisant leur propre force pour les transcender, en les dirigeant hors du petit ego, en ne les laissant pas se réduire à un simple désir de posséder, en ne les laissant pas nous réduire à un ventre exigeant d’être rempli. Il faut une dose de passion pour embrasser la vie sans simplement la subir. Autrement, assassiner la passion, c’est assassiner la vie elle-même, ou ce qui fait toute sa beauté.

La vraie moralité et la maîtrise de soi, c’est peut-être avant tout un art du fondu. Le cheval de la vie est fait pour être monté, non abattu…

c.f. Nietzsche, Le Crépuscule des idoles, « La morale en tant que manifestation contre nature »

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2 commentaires on “Nietzsche, maître d’aïkido”

  1. Oui. Nietzsche est meilleur vécu que lu.
    Maîtrise, contrôle… seulement possible au centre et du centre.
    « Soi » n’est pas une idée, mais une structure corporelle, vivante.
    « L’ennemi », c’est l’idée.
    « L’autre », c’est le contact.

    Quelques pistes de réflexions…

    • laporie dit :

      Sébastien,
      J’ai besoin d’éclaircissements sur ton commentaire. Comme mon texte visait justement à critiquer le dualisme soi/autre, mais surtout la notion même d’ « ennemi », j’ai du mal à situer l’interprétation que tu donne de ces termes. S’il n’y a pas d’ennemi, comment peut-il être défini (par exemple, en tant qu’ « idée » ?)
      Merci de nourrir ma réflexion.


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