Essai d’un point de vue esthétique sur l’existence

Chienne de vie ! Celle-là même qui sépare ceux qui s’aiment, qui détruit perpétuellement ce qui compte le plus pour chacun, celle qui condamne sans arrêt à refaire les mêmes erreurs et ne veut plus lâcher même quand le corps se détraque.

D’où vient la souffrance ? L’explication, l’incontournable, bouddhiste : la souffrance vient du désir, de l’espoir malsain de vivre dans un monde à la mesure de notre ego. Certes, le désir fait souffrir, et, au-delà même, ultimement, il n’y a rien à désirer.

Cesser de désirer une vie sans souffrance. Car le nœud est peut-être dans ce préjugé dirigé contre la souffrance. De plus en plus, je crois que la souffrance coule de la même source que la beauté. Du moins, j’ai parfois du mal à les différencier.

Je n’invente pas cette idée aujourd’hui. J’y pensais déjà il y a 15 ans, mais à cette époque non plus, je ne l’inventais pas. Je ne crois pas que « bonheur » et « souffrance » soient les termes les plus pertinents pour juger de la valeur d’une vie. Même si je suis la première à enrager comme une perdue quand la vie ne correspond pas exactement à mes attentes (perfectionnistes, comme le reste) de bonheur. Je sais que ce réflexe primaire cache autre chose. Refuser la place de la souffrance dans une vie, c’est se condamner à l’épiderme des choses.

Certes, je milite pour l’abolition de toutes les tragédies, petites et grandes. À commencer par la souffrance des innocents, l’infiniment désespérante, celle que je ne mesure pas. Mais si on arrive à faire de son malheur une œuvre d’art, on pourra dire que ça n’aura pas été un malheur vain. La chair à canon de nos vies continuera d’être gaspillée absurdement, mais elle le sera magnifiquement.

Pour la beauté, pour elle seule peut-être, je serais prête à tout sacrifier, à me couvrir de ridicule, à y laisser ma carcasse.

Oui, la vie est une belle salope. Mais tant qu’on pourra encore s’en émerveiller, tant qu’on trouvera moyen de la garder belle et qu’elle nous laissera des étincelles dans les yeux, on lui pardonnera.

Ça devrait pouvoir s’arranger.

Publicités

Avril au mois d’août (trésor au fond d’un tiroir)

J’aimerais écrire un poème sur la source dans le désert, sur l’instant de lucidité qui laisse entrevoir une sortie hors des ornières. Sur ce qui fait les grandes rencontres, sur ces moments où le millimètre est cassé, sur les magnifiques bâtons que la vie nous plante dans les roues. Et j’aimerais ne pas m’attacher à tout cela, tout simplement poursuivre la chaîne du don et l’oublier.

Si j’en avais la patience, je chercherais de meilleurs mots.

La vie est une succession de moments de grâce qu’on reconnaît, et d’autres qu’on ignore.