En direct de nulle part

Mes cheveux ont eu leur dose de vent.

J’ai soupé en tête-à-tête avec Louis Gauthier, en tête-à-tête avec Ryokan, en tête-à-tête avec Vickie Gendreau. Que de la bonne compagnie. J’ai aussi soupé avec des madames, baby-boomers dont le voyage de vélo tombait à l’eau, qui me demandaient depuis quand j’étais végétarienne. Ça, c’était un peu moins intéressant.

200 espèces d’oiseaux juste pour moi cet après-midi; la vie est vraiment injuste. J’ai fini par recevoir une chiure sur un bras; ça fait plus équitable comme ça.

J’ai déjeuné en tête-à-tête avec le fleuve, ce beau grand sauvageon. J’ai entendu la serveuse parler de moi aux cuisines comme « la madame tu-seule ». J’ai pensé que la solitude est un trésor dont on ne jouit que rarement et dans des circonstances exceptionnelles. On ne peut l’aimer que si on se sent totalement libre, et la liberté est une denrée rare dans nos corps de mortels. Je me suis souvenue qu’on y prend goût. C’est un amour dangereux.

Ici, toutes les rues sont des culs-de-sac.

J’ai vu des chiens se faire balader dans des boîtes de pick-ups. J’ai vu des panneaux routiers criblés de trous de balles. J’ai trouvé sur la plage un vieux pneu de tracteur, un cadavre non identifiable, un verre McDo (il n’y a pas de McDo sur l’île), une antique canette de O’keefe décomposée, les restes d’une vieille botte à pluie. La mer rend exactement ce qu’on lui donne (c’est encore le fleuve ici, mais on prendra le droit de l’appeler « mer », car il y a des marées). En vieille avare que je suis, je ne lui ai rien donné, seulement pris quelques photos floues.

J’ai mangé trop souvent et sans pertinence car il fallait bien nourrir mon corps, mais pourquoi donc ? Tant sont morts et moi je vis encore et chaque détour m’arrache une larme de beauté que j’aimerais quand même partager.

J’ai assisté à toutes les passions en tant que spectateur, dans les livres ou dans mon cœur. Je me dis que j’ai peu d’intérêt pour ces nourritures terrestres mais j’en remangerai bien à nouveau, par compassion ou condescendance, que sais-je, quand je reviendrai à la civilisation, quand je retraverserai le rideau de vagues, de larmes et de pluie.

Je rapporte à mes parents un aimant de frigo en bois gossé, avec une mésange peinte dessus.

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