Novembre sur Google Maps

À bientôt 33 ans on est bien placé pour savoir qu’à ce temps-ci de l’année les ténèbres s’établissent solidement à demeure mais il vaut mieux ne pas s’y attarder, de toute façon il y a toujours moyen de croiser quelque chose de beau dans la rue; il faut chaque fois refaire la cartographie mais Google Maps nous rend la tâche plus facile.

On peut avoir peur de passer sa vie à dériver comme le feu inquiet, mais le cliché c’est qu’on arrive à se connaître soi-même le mieux dans les moments de noirceur, et la réalité est bien pire encore. Mon ami le vieux médecin disait qu’exister c’est souffrir mais ce n’est rien quand on pense qu’exister c’est faire souffrir. Je l’aime, le vieux médecin, car il aurait pu faire fortune dans l’assurance-responsabilité morale, mais il ne l’a pas fait et nous a laissés mettre nos culottes nous-mêmes face à la vie, après nous être empalés quelques fois dans nos compromissions (mais arrête-t-on jamais vraiment ?).

Comme on n’est ni saint ni génie, on réfléchit maladroitement sur la mauvaise conscience du bienfaiteur ; combien ne se sentirait-il pas seul si, le bonheur universel étant atteint, il n’avait plus personne à secourir ? Se trouver quelqu’un à aider pour ne pas tomber au combat; en ce domaine les ressources ne manquent pas. On aimerait trouver une source de don pur pour se réconcilier avec l’humanité en soi. Au pire, on trouvera bien moyen de la provoquer. La boussole pointe toujours le même nord même s’il fait souvent trop noir pour la lire.

Juste avant de tourner complètement cynique, on aura l’impression d’entendre « ce moment de disgrâce vous est présenté par YOLO Inc. (569479028 Québec) ». Après, on ira à la pharmacie acheter de l’absolu en canne (Ubik nouvelle fragrance) pour chasser les mauvaises odeurs. Pourchasser le démon en soi, jusqu’à ce qu’il devienne notre ami. Puis on se crachera dans les mains et on donnera tout ce qu’on a encore de sourires et de tendresse, car il en reste toujours, un peu plus chaque jour, un peu plus lumineux, et parce que l’absolu il s’en sacre bien, de nos marchandages et de nos petits regards qui jugent, même en ces temps troubles où il est foutu à sa face même pour tout ce qu’on peut en savoir.

Il fait noir que le crisse mais le printemps est déjà là, depuis toujours.

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