Le printemps, vu du 3 ½ de Ryokan

Le glacier fond lentement dans la ruelle
Et la débâcle des cœurs
Révèle nos déchets de l’an passé

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Balcon sur l’aurore

Vagabond, l’horizon
Tourne en rond
Et n’offre à nos regards que les rêves flétris
Les moments incompris
Flétris dans toute leur grâce
Incompris par miracle

Sous l’aurore qui t’adore un regard sur la mort
Qui se donne en pâture aux soleils sauvages
Sous réserve de jeûner des envers lumineux
Pour n’habiter que les sublimes inconforts


Sentiers masqués

Les mots

Comme des tunnels entre deux crânes

Acheminés dans les impasses

Illuminés par les éclipses

Pour nous forcer, dans la pénombre

À tisser les dentelles, auto-luminescentes, de nos idées

Broderies aléatoires

Qui font briller la prunelle des yeux


Le tapis sous nos pieds

Je n’aime pas les déménagements.

Il faut nettoyer, trier, empaqueter, étiqueter, déplacer, déballer, encore nettoyer, pour se retrouver au final avec ni plus ni moins : c’est encore un chez-soi, avec ses qualités et ses défauts, à quelques différences près. Tâche disproportionnée au résultat.

Sans compter les inconvénients et imprévus auxquels il faut s’attendre : appartement pas prêt à temps, retard des déménageurs, saleté dépassant toutes les prévisions, explosion des délais de peinture et d’installation dus à l’incompétence des locataires, perte ou bris d’objets qu’il faudra remplacer. Un beau jour on peut recommencer à vivre, mais il faut des mois avant de se reconnaître dans un paysage aperçu de la fenêtre : l’impression de n’être que de passage persiste encore et encore.

Dans le transit entre les deux, un troublant sentiment d’instabilité : quelque chose est enlevé à son identité. L’habitude ayant fait passer l’habitat du statut d’attribut accidentel à celui de part essentielle de la personnalité, l’ego se retrouve soudainement dénudé et vulnérable. Sa vie tient à peu de chose; ses possessions, dans l’ensemble non essentielles, tiennent dans la boîte d’un camion. Les anciens décors de sa vie ne seront plus revisités : les pièces où il a reçus d’anciens amis, aujourd’hui perdus de vue, où il a erré dans maintes rêveries désormais oubliées, où il a dégusté des mets depuis longtemps digérés. Une fois que le cadre extérieur devient interchangeable, le cadre intérieur, lui, perd sa stabilité. Si en une journée on peut se transplanter, on pourrait en aussi peu de temps se bouturer, décolorer, flétrir ou mourir.

L’impermanence même de l’endroit où on accroche son chapeau ! Constatation qu’en réalité, rien n’est jamais acquis.

Malgré tout, parfois, les choses qu’on déteste peuvent nous faire du bien.


St-Zotique/19e

Poteau téléphonique
Clouté de milliers d’agrafes
Il a dû y en avoir, par ici,
Des chats perdus