VY 2225, siège 27A

Éblouissements solaires
Sur mer de papier froissé
Sous l’aisselle de l’avion


Littérature du Plateau (à Rosemont)

Oisillons tremblotants dans leur nid
Las des vides journées pleines
À éroder la transcendance
Par ennui


Pas de compassion sans douleur

Le plus dur, ça reste encore la souffrance des autres. Car la souffrance ouvre le cœur et y provoque une perméabilité des émotions; en voyant la souffrance des autres, je reconnais et ressens la mienne, de même, en éprouvant ma douleur, je peux aussi ressentir et comprendre celle des autres. Mais si la mienne est familière, contenue dans des limites bien connues et, dans un certain sens, maîtrisable, celle de l’autre est inconnue, hors contrôle et, de ce fait, infinie et effrayante.

Et si on a, tant bien que mal, trouvé une certaine manière de s’accommoder de sa propre souffrance, on n’a aucune prise sur la capacité des autres à vivre avec leurs propres ombres.  Il n’y a pas deux cieux gris identiques; il semble y avoir une bien plus grande variété de nuances dans ceux-ci , contrastant avec la relative banalité des cieux sans nuages. Le plaisir est plus bête que la tristesse, il se comprend et se partage plus facilement. La douleur, polymorphe, peut être difficile à reconnaître.

Certes, on peut éprouver ce souci plein d’impuissance et malgré tout demeurer d’un incorrigible égocentrisme. Les possibilités schizophréniques de l’esprit humain n’ont pas de limites.


Éloge de la mésadaptation, partie 63 848

Cette fois, c’est Brad qui m’enlève les mots de la bouche.


Amor fati

Mes yeux ne m’appartiennent pas
Ils appartiennent aux beautés sur lesquelles ils se posent
Accidentellement

Mes pensées ne m’appartiennent pas
Elles appartiennent aux pigeons voyageurs qui les portent
Ostensiblement

Mes mains ne m’appartiennent pas
Elles appartiennent aux bras, et aux choses, qui les manœuvrent
Discrètement

Mon corps ne m’appartient pas
Il appartient au tissu de ma vie qui l’enveloppe
Imperceptiblement

Ma vie ne m’appartient pas
Elle appartient aux décisions pas encore prises
Qui se répètent depuis l’éternité


Memento mori

Les piles d’objets périmés
Les regrets, la rouille, les vieux papiers, les défauts de mémoire
Même le vernis de poussière
Rien de cela n’ignore
Que je suis mortelle


La pluie, encore

Le capuchon de mon imperméable menaçait sans arrêt de partir au vent, mes bras souffraient du poids excessif des sacs d’épicerie et ma chaussette avait presque entièrement fui mon pied gauche dans ma botte de pluie. Une goutte d’eau tomba lourdement en plein sur le sommet de mon crâne; j’essayais de me convaincre que c’était le plus beau moment de ma vie.

En regardant les autres passants sous la pluie, j’ai pensé que c’était là que se révélait l’égalité fondamentale des êtres humains. Quand il fait beau, les riches peuvent se pavaner en décapotables, porter des vêtements dispendieux, des bijoux et des coiffures à la mode, les beaux se font voir avec leurs belles, les belles font voir leur beauté plus qu’on ne pourrait le désirer. Ça ne coûte rien de sourire quand il fait beau.

Quand il pleut, ce n’est plus vraiment le moment pour ce genre de parade; il n’y a plus rien à montrer. Les décapotables sont risibles, les vêtements sont détrempés quelle que soit leur marque, les décolletés sont frileux, le maquillage coule, les bijoux rouillent. Tout le monde se soucie essentiellement de la même chose : fuir l’inconfort et l’humiliation, avec un succès variable mais jamais total. Des hommes sans parapluie courent mettre leur crâne chauve à l’abri, des femmes en tenue d’affaires se font éclabousser, n’importe qui, beau ou laid, jeune ou vieux, pauvre ou riche, peut se retrouver soudainement le parapluie à l’envers, les cheveux dans tous les sens et la rivière froide qui descend dans le cou. La pluie nous ramène à la dure réalité qui fait que nous sommes tous humains. Certains diront : il reste toujours la beauté intérieure, mais dans mon expérience, il n’y en a pas épais.

Soyez toujours gentils avec ceux qui sourient les jours de pluie.